ON EN EST OÙ ?
Newsletter de Paris d’exil - 23 octobre 2017
« Il n’y aura plus personne dans la rue à la fin de l’année » (déclaration du Président)
Le 18 août a eu lieu à Paris la 35ème évacuation de campement depuis 2015. Environ 2 500 personnes dormaient dehors Porte de la Chapelle, dont une soixantaine de femmes et une vingtaine de mineurs. Environ 500 personnes ont été installées dans un complexe sportif du XVème, au grand dam du maire LR de l’arrondissement, Philippe Gougon, qui a envoyé une lettre à ses administrés, se plaignant de n’avoir pas été prévenu officiellement. Les autres ont été orientées vers des gymnases en banlieue. Dès leur arrivée sur ces lieux leur situation administrative a été examinée. Des agents de l’Ofii étaient présents pour proposer l’aide au retour.
Suite à cette évacuation, un dispositif policier ultra répressif a été mis en place afin d’empêcher toute réinstallation aux abords du centre. Le prétexte est toujours le même : éviter « l’occupation indue de l’espace public avec du matériel ». Il y a maintenant des agents armés dans la rue, et des fourgons de CRS tout autour du centre.
Environ une cinquantaine de personnes continue d’arriver à Paris tous les jours.
Michel Cadot, préfet de la région, a expliqué qu’il voulait des solutions qui permettraient de traiter la situation des personnes exilées “par petits groupes”.
Cette volonté se traduit sur le terrain par une répression et un harcèlement systématiques de la part des policiers. Les personnes dormant dehors sont sans cesse réveillées, obligées de chercher des endroits toujours plus cachés, éloignés, isolés et dangereux. Une dispersion qui complique les maraudes et l’accès à l’information juridique délivrée par les associations.
Les distributions de repas sont régulièrement entravées, pour éviter des “points de fixation”. L’accès aux soins n’est pas garanti. Avec cette même visée, les forces de l’ordre ont empêché Médecins du Monde de soigner des personnes présentes près de Porte de la Chapelle. L’association a dénoncé une « politique de chasse à l’homme délibérée, visant à repousser les migrants pour les éloigner et les rendre invisibles » et une volonté d’empêcher tout regroupement en « pratiquant un harcèlement systématique auprès des migrants ».
Cet été, à Jaurès, la mairie de Paris a grillagé – pour dératisation – l’escalier où le BAAM donnait des cours de Français et où de nombreuses personnes pouvaient avoir accès à un apprentissage gratuit et ouvert de la langue.
Devant FTDA (guichet d’enregistrement de demande d’asile à Paris), les CRS continuent de gazer et frapper trop fréquemment les personnes qui attendent pour entrer (souvent depuis des heures et des jours). Le soir ils interviennent pour évacuer la rue, contrôler ses abords et disperser les personnes présentes, justifiant leur intervention par des “plaintes de voisins importunés”.
Centres
Début Septembre, Emmaüs Solidarité a menacé de ne pas ouvrir les portes du centre de Porte de la Chapelle, la semaine suivante, si l’État ne s’engageait pas à ouvrir des places d’hébergement. Le dispositif est bloqué, dans l’impossibilité de trouver des places dans des centres plus “pérennes”, les demandeur.se.s d’asile restent au centre de Porte de la Chapelle, ralentissant les admissions de nouvelles personnes.
Après Médecins du monde au printemps, c’est maintenant Utopia56 qui a annoncé son retrait du centre de Porte de la Chapelle. L’association dénonce l’ingérence de l’État et sa politique de tri, les « situations administratives kafkaïennes » et le harcèlement policier à Paris. Elle souligne le problème du CESA (Centre d’Examen de Situation Administrative), créé pour le centre et toujours dénoncé par les associations et collectifs, piège administratif qui, en organisant un tri en amont de l’enregistrement de la demande d’asile, empêche l’accès à ce droit et aux recours juridiques, et favorise les expulsions.
En septembre l’État a annoncé l’ouverture de trois centres en Ile-de-France, d’une capacité d’environ 200 à 500 places chacun. Appelés “centres de pré-orientation”, ils devraient offrir un “accueil inconditionnel”, couplé de maraudes pour inciter les personnes à la rue à s’y rendre. En fait le dispositif va être calqué sur le CESA ou les CAES (voir plus bas, En région - À Calais), instaurant dès l’arrivée des personnes un « examen vigilant de leur situation ». Le préfet rappelle que le but est de créer un système où les personnes seront « regroupées selon la nature de leur dossier » (donc risqué pour les personnes dublinées ou déboutées, qui pourront être expulsées plus facilement).
Le premier de ces centres devait ouvrir début octobre. Si la préfecture a le lieu, elle n’a toujours pas d’opérateur pour faire les maraudes et “trier” les personnes.
ON EN EST OÙ ?
Newsletter de Paris d’exil - 30 juin 2017
…des suites de Calais ?
À la fin de la « jungle », en octobre 2016, 4 000 repas étaient servis chaque jour par l’Etat. D’un jour à l’autre, ils ont été supprimés. Après les arrêtés pris par la maire de Calais, empêchant les distributions (en mars, texte cassé par les tribunaux depuis), et l’accès au douches, changement de stratégie : à la place les policiers accentuent le harcèlement.
Le 31 mai, la distribution du midi, y compris d’eau potable, a été interdite et celle du soir limitée à une heure. Le Secours catholique, qui avait temporairement installé des douches dans la cour d’un immeuble lui appartenant, a dû fermer ce lieu début mai. Depuis quelques semaines, une politique systématique d’expulsions et de rafles, comme on a pu les connaître par périodes à Paris, semble de mise : réveils brutaux, “contrôles de situations administratives”, envoi des affaires personnelles à la benne pour “empêcher la réinstallation”, et envois en Centres de Rétention Administrative.
Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, s’est inquiété d’atteintes aux droits « d’une exceptionnelle et inédite gravité » à Calais, parlant de « conditions de vie inhumaines ». En visite à Calais le 12 juin, il dénonce les conditions de vie des quelques 600 personnes dans la ville (dont une part importante de mineurs et ou de très jeunes adultes), traquées jour et nuit, ne pouvant recevoir de l’aide alimentaire ni avoir accès à l’eau. Ils.elles «dorment à même le sol» et se disent «traqué.e.s jour et nuit dans plusieurs sous-bois de la ville (…), ne peuvent plus dormir, se poser ou se reposer et restent sur le qui-vive», et sont «visiblement dans un état d’épuisement physique et mental». Il réclame «la fin de cette sorte de traque, l’autorisation des distributions de repas, la mise à l’abri des mineurs sur place, la mise en place d’un lieu où les personnes peuvent se reposer, se ressourcer et envisager la suite de leur parcours.»
En PACA, le préfet et la SNCF ont refusés l’accès aux transports à environ 80 personnes exilées. Elles ont donc décidé de se rendre à Nice à pieds, accompagnés par des soutiens de la Roya Citoyenne, afin d’accéder à la PADA pour enregistrer leur demande d’asile. La marche a duré trois jours, sept heures par jour, sous la chaleur du mois de juin.
…dans la rue à Paris ?
Aux alentours du Centre de la Porte de La Chapelle, on dénombre environ 800 personnes exilées à la rue : des adultes, des mineurs isolés, mais aussi, de nouveau, des familles. Le campement s’étale sous et autour des avenues et des ponts, entre les échangeurs de l’autoroute et du périphérique. Trois urinoirs, trois toilettes sèches… Aux heures de pointes le bruit et la chaleur sont insupportables. La présence policière est oppressante, et des opérations violentes se déroulent chaque jour (rafles, contrôles, expulsions, “contention”…). La lacrymo est à cet effet une arme redoutablement efficace, comme le rapporte un témoignage du Gisti.
Le 9 juin dernier, le Conseil Constitutionnel a invalidé un article de loi permettant à la préfecture de Paris « d’interdire le séjour dans tout ou partie du département à toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics » et qui était utilisé afin d’empêcher les personnes exilées de rester dans certaines rues et arrondissements de Paris, dans le cadre de l’état d’urgence (loi n° 55-385 du 3 avril 1955, art.5).
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Newsletter de Paris d’exil - 23 novembre 2016
…des suites de Calais ?
Quelques clarifications sur la promesse orale de B. Cazeneuve ont été apportées par les avocats mobilisés.
En dépit de l’égalité devant le droit, la validité de cette promesse ne concerne de façon certaine que les demandeurs d’asile évacués de Calais, et uniquement ceux en CAO. Cette promesse annonçait une clémence administrative concernant le dublinage ; il est clair maintenant que cela ne signifie pas casser la procédure Dublin mais ne pas renvoyer dans le pays concerné. Cela implique que même si le renvoi n’est pas effectif, la personne reste en « procédure Dublin », dépendant toujours du délai de 6 mois à attendre avant que la procédure tombe. Il est également possible que la personne reçoive tout de même la « décision de renvoi Dublin », se voie annoncer la « mise à exécution », soit assignée à résidence, reçoive un billet d’avion pour le pays Dublin ; auxquels cas il faut se mettre en contact avec un avocat.
…dans la rue à Paris ?
Beaucoup de personnes continuent à errer et se cacher dans les rues du Nord de Paris depuis le démantèlement du dernier camp de rue. L’information tourne de plus en plus concernant les dangers à entrer dans le Centre pour les dublinés ; par ailleurs, bien des personnes à la rue souhaitant entrer dans le centre ne le peuvent pas, et des groupes ont pu s’y essayer à de nombreuses reprises, en venant faire la queue toujours plus tôt, sans succès. Le déploiement policier est toujours conséquent aux abords du métro aérien, de même qu’autour du Centre. Les exilé.e.s à la rue se font harceler et brutaliser la nuit. Les maraudes continuent mais il est parfois difficile de trouver les personnes démunies, et les distributions de nourriture ou de vêtements chauds sont fréquemment prétextes à contrôle d’identité ou à vérification des papiers du véhicule.
…des « camps » de la mairie de Paris ?
ERRATUM : dans la précédente newsletter, nous signalions à tort que la Cimade devait constituer une source d’informations non institutionnelle pour les hébergés du Centre. La Cimade avait effectivement été contactée pour assurer des formations sur la demande d’asile et recevoir des Dublinés sur les permanences, mais aucun accord n’a finalement été conclu ; l’association Droit d’Urgence devait alors être chargée par Emmaüs solidarité de l’information juridique sur le droit d’asile (procédure OFPRA, Dublin, etc.) à l’intérieur du centre. Mais ces informations remontent à deux semaines, sans plus de précision pour l’instant.
Peu d’informations supplémentaires par rapport à la newsletter de la semaine passée, nous récoltons toujours les retours. Nous évoquions la semaine dernière le fait qu’une aide au retour était évoquée dès l’accueil dans le centre pour ceux qui parviennent à y entrer ; le 23 novembre, l’OFII a annoncé rehausser le montant de cette aide au retour pour ceux qui accepteraient de quitter le territoire volontairement vers leur pays avant le 31 décembre. Plus d’infos ici.
Il est très difficile de savoir si et quand le Centre est plein ou non car des informations contradictoires en émanent. Quoiqu’il en soit, peu d’entrées sont autorisées par jour, ce qui crée des tensions à l’entrée du Centre. La « prise en charge » des mineurs (autorisation à entrer dans la Bulle, accompagnement au Demie) est parfois soumise à aléas : le tri au faciès a encore de beaux jours devant lui.